Il est l’ami de toujours auquel l’on n’a jamais parlé, l’intelligence qui crève l’écran, le beau gosse du cinéma français. À 73 ans, Thierry Lhermitte se consacre à ses deux passions : la recherche médicale et le cheval.
Vous êtes une figure du cinéma français, comment utilisez-vous votre notoriété, aujourd’hui ?
« Tu sais j’ai fait tellement d’interviews dans ma vie… et je n’ai jamais couru après… Tout ce que je fais aujourd’hui est guidé par l’envie d’être utile. Je m’engage pour la Fondation pour la Recherche Médicale; je passe du temps auprès des chercheurs, je vois leur rigueur, leur engagement, souvent pour des salaires modestes et pour ce qui nous concerne tous : la santé, la vie. Pour la Fondation Hope, c’est la même chose. J’ai découvert ce que faisait Annabel pour accompagner les femmes touchées par le cancer. J’ai trouvé cela juste, profondément humain. J’y apporte ma petite pierre. Une personne connue attire l’attention. Dans une époque saturée de fake news, de complotisme et de bruit, mettre en lumière des chercheurs sérieux, des femmes engagées, me semble sain. Si ma voix peut aider à réorienter l’attention vers ce qui compte vraiment, elle sert à quelque chose. »
D’où vient cette envie de « faire du bien » ?
« D’abord parce que cela me fait du bien à moi. Ma récompense est là. C’est peut-être égoïste, mais cet égo là me va. Je me sens utile. Contribuer, même modestement, à faire avancer la compréhension du vivant, à soulager, c’est profondément gratifiant. La souffrance est injuste dans sa répartition. Pourtant, c’est ce qui nous relie tous. On oublie le privilège d’être valide, la chance de la bonne santé, de se lever sans douleur. La santé, c’est le silence des organes. On ne les entend que quand quelque chose ne va pas. »
Le cheval occupe une place centrale dans votre vie. Est-ce un ancrage, une manière d’être pleinement présent ?
« Le cheval n’existe que dans l’instant. Il n’y a ni avant, ni après. Si vous n’êtes pas ici et maintenant, il vous ignore. Ce qui compte, c’est la justesse de la relation, la clarté de l’enseignement, le respect du rythme de l’animal. La nature est complexe, le cerveau l’est aussi, et il faut l’accepter. Les chevaux n’ont aucun objectif de performance. Ils vivent le présent. Ils ne cherchent pas à aller plus vite. Quand quelque chose leur déplaît, on le sait immédiatement. Quand cela leur plaît, c’est plus subtil. »
Le cheval vous a-t-il rendu meilleur humain ?
« Sans aucun doute. Il m’a appris l’humilité. Quand ça ne fonctionne pas, c’est toujours de votre faute. Cela oblige à se remettre en ques- tion, avec les chevaux comme avec les humains. Et finalement, à mieux comprendre l’autre. »
Cette envie de transmettre, de donner des conférences, est-elle liée à cela ?
« Oui. J’aime comprendre. Et une fois que j’ai compris, j’aime rendre les choses compréhensibles pour les autres. Le jargon est souvent inutilement complexe. Il crée de la confusion. Le monde est suffisamment complexe, si on ajoute de l’imprécision, on perd tout le monde. Aider à faire comprendre, cela me suffit, c’est déjà beaucoup. »




