Jérôme Favier : « Le luxe n’est pas une industrie mais une exclusivité naturelle »

En marge de Watches and Wonders, COTE Magazine a rencontré, Jérôme Favier le CEO de la maison joaillière Damiani. Héritage familial vivant, savoir-faire italien d’exception et synergies avec l’horlogerie suisse forment le cœur d’une stratégie de développement ambitieuse.

Comment l’héritage familial influence-t-il aujourd’hui encore les créations du groupe Damiani ?

« L’héritage est vivant : il passe par la famille Damiani et se perpétue dans le style et la validation des créations, notamment avec Giorgio Damiani. Il s’incarne aussi dans la production, à Valenza, berceau de la maison depuis 1924, où coexistent parfois trois générations d’artisans. Chez nous, la transmission n’est pas une stratégie mais une réalité familiale. Le défi est de faire évoluer cet héritage : rebranding, nouveaux codes, concept retail et créations contemporaines, tout en restant fidèle aux valeurs. »

Quelle est l’importance du “Made in Italy” dans votre positionnement ?

« Le Made in Italy est devenu un gage de qualité reconnu à travers la mode, le design, l’automobile, ou encore le nautisme. Damiani le cultive naturellement, produisant à Valenza avec un savoir-faire complet (fusion, sertissage, polissage, gravure, numérisation). La ville a même renommé sa place centrale “Place Damiani”. Notre enjeu est surtout de mieux faire connaître cette excellence, notamment en France et en Suisse. »

Comment sont nées les collections Belle Époque et Margherita ? Comment les réinterprétez-vous en 2026 ?

« Belle Époque naît de l’inspiration d’Enrico Damiani pour le cinéma lors de l’Exposition universelle de Paris : un motif de bobine, géométrique et art déco. Aujourd’hui, elle évolue avec des formes contemporaines comme la Belle Époque Reel. Margherita rend hommage à la reine Marguerite d’Italie à travers la fleur éponyme, devenue une signature déclinée sous toutes ses formes. »

Qu’est-ce qui rend votre sertissage unique ?

« Chaque collection a son style : Belle Époque est géométrique, Mimosa adopte un “chaotic setting” où chaque pierre, différente, crée un volume et une brillance amplifiés. Tout est fait à la main, chaque pièce est unique, avec un équilibre artistique du chaos. »

Comment Damiani compte-t-elle créer des synergies entre la joaillerie et l’horlogerie avec l’intégration récente de Baume & Mercier ? Ce rachat permet-il au groupe de se rapprocher de la Suisse ?

« Notre approche vise à créer des bijoux intégrant l’heure, et non des montres serties. Les collections iconiques deviennent ainsi des montres-bijoux. L’acquisition de Baume & Mercier s’inscrit dans une logique de complémentarité et d’expansion, avec une forte valeur émotionnelle pour les clients. »

Quels seront les temps forts de 2026 ?

« En juin, au bord du lac de Côme, nous dévoilerons notre nouvelle collection de haute joaillerie, un hommage inédit au patrimoine culturel et à l’art. Nous la présenterons ensuite à Paris avant un déploiement international au Japon, en Corée, au Moyen-Orient et sur le continent américain. La Suisse devient un marché clé pour nous, avec une distribution élargie dès cet automne. »

Quelle est votre vision du luxe ?

« Le luxe n’est pas une industrie mais une exclusivité naturelle. Damiani incarne un luxe authentique, à taille humaine. Autrefois, une création prenait six mois à être réalisée : cette rareté et ce temps long définissent le vrai luxe. »

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