Montreux Jazz Festival : 60 ans de légende

par Michael Dominique Merz

Plus qu’une année anniversaire, 2026 marque soixante ans de moments musicaux mémorables. Des légendes aux talents émergents, le Montreux Jazz Festival continue d’écrire la partition de nos étés suisses.

Pourquoi le Montreux Jazz ne ressemble-t-il à aucun autre festival ?

Sans doute grâce à son mélange presque introuvable d’élan, de groove et de maîtrise. Une mécanique subtile, parfaitement accordée, où tout semble à la fois cadré et libre. Pas une improvisation qui tourne à vide, mais une succession de moments qui emportent. Ici, au bord du Léman, toutes les générations se croisent. Les bluesmen dialoguent avec les musiciens de jazz, les grandes voix de la soul rencontrent le hip-hop, les pionniers de l’électro répondent aux héritiers d’autres traditions. Aucune frontière esthétique n’est pour ainsi dire figée. Aucun cadre n’est imposé. Juste un espace ouvert où les styles circulent, se frottent, se transforment. Et, à Montreux, l’essentiel n’a jamais vraiment été dans la démonstration et le spectaculaire. Tout se joue dans cet instant fragile où une chanson suspend le temps ou bascule. Le festival s’est construit telle une mécanique horlogère : dans l’exigence et dans la liberté. Avec le goût du risque, mais aussi avec une attention extrême au détail. D’année en année, il s’est affirmé sans jamais se répéter. Fidèle à lui-même, tout en restant en mouvement. Et puis il y a les nouvelles voix, telles que RAYE, qui viennent prolonger l’histoire du jazz. Première artiste britannique à remporter six Brit Awards au cours d’une seule soirée, elle incarne cette continuité vivante. Ici, certains concerts se désirent autant qu’ils s’attendent. Le Montreux Jazz Festival n’est pas affaire de nostalgie ; il vit de tension, d’attente et d’émotion.

Le goût du contraste

Montreux s’est construit dans le contraste. Dans la rencontre entre des présences puissantes, parfois radicales, toujours singulières. Comme Etta James, par exemple, dont la voix faisait plier les notes comme un guitariste de blues plie ses cordes. En 1975, lors de son premier concert européen, elle révélait au public de Montreux à quel point le jazz pouvait être brut, vulnérable et libre. Car Montreux n’a jamais été une simple scène. Le festival a toujours été un lieu de convergence, un point de rencontre entre les courants, les styles et les sensibilités. Quand Ray Charles s’y produisait, il ne s’agissait pas seulement d’un concert. Quand Nina Simone entrait en scène, le silence s’installait avec elle. Marvin Gaye y mêlait soul et funk dans une musique portée autant par les synthétiseurs que par les cuivres. Keith Jarrett et Herbie Hancock en ont déplacé les repères. Prince, lui, y a rappelé au fil de plusieurs soirées qu’un artiste de génie n’appartient à aucun genre. Montreux devient électrique lorsque ces mondes se rencontrent : quand le jazz dialogue avec le rock, quand les artistes se réinventent, quand une voix encore inconnue se mesure à la puissance d’un orchestre et qu’il en naît quelque chose d’unique, impossible à reproduire.

La soirée d’ouverture

Pour sa 60e édition, le festival a choisi de mettre cet esprit au premier plan. Le 3 juillet 2026, la soirée d’ouverture A Project About Time, présentée par Audemars Piguet, donne le ton : une célébration de la création, de l’interprétation et de la liberté artistique. RAYE en sera l’une des figures centrales. Née d’une mère suisse et d’un père anglais, elle porte une musicalité qui semble dialoguer naturellement avec l’histoire du festival. Sa voix allie précision, fragilité et puissance. Son interprétation joue avec les nuances, les silences, les ruptures. « AP partage cette idée d’une expression intemporelle, plutôt que la recherche de ce qui fait du bruit à un instant donné », confie-t-elle. À 28 ans, sa venue à Montreux pourrait marquer une étape importante dans son parcours. Dans l’Auditorium Stravinski, salle mythique réputée pour son acoustique exceptionnelle, elle entraînera le public dans un voyage entre intimité, souffle orchestral et émotion contenue. Autour d’elle, des artistes comme Mark Ronson, notamment connu pour son travail avec Amy Winehouse, prolongent cette même exigence musicale : une approche profondément contemporaine, nourrie par la mémoire mais tournée vers l’avenir. C’est dans cet équilibre subtile que Montreux continue de vibrer, entre sensibilité, intimité et grandeur festive.

Une archive vivante

Si le Montreux Jazz Festival reste si spécial aujourd’hui, c’est aussi parce qu’il entretient un lien unique avec sa propre mémoire. À l’heure où tout se capte, s’archive et se partage instantanément, Montreux reste d’abord un lieu d’expérience. Un lieu où l’on vient vivre la musique dans l’instant. En soixante ans, le festival a constitué l’un des fonds les plus précieux au monde consacrés à la musique live. Depuis 2013, ces archives sont inscrites au registre Mémoire du monde de l’UNESCO. La Claude Nobs Foundation, en collaboration avec l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), a permis la conservation et la numérisation de milliers de bandes magnétiques. Au-delà de la nostalgie, ces enregistrements témoignent de ce patrimoine vivant unique au monde.

Le Montreux Jazz Festival se déroulera du 3 au 18 juillet 2026
Programme complet, concerts gratuits et informations
montreuxjazzfestival.com
claudenobsfoundation.com

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