John M Armleder nous a ouvert les portes de son atelier en exclusivité. Dans cet antre de la créativité, l’artiste revient sur son parcours et sur la Carte blanche que lui a confiée le Musée d’art et d’histoire de Genève : Observatoires.
John M Armleder, pouvez-vous nous décrire votre studio ?
« Nous sommes à la rue de Bourgogne 25, dans l’atelier que je partage avec Mai-Thu Perret depuis environ cinq ans. L’espace est rempli de souvenirs, de ma grande collection d’ouvrages artistiques, et bien sûr de mes œuvres. Avec mon assistant Ludovic Bouilly, je prépare actuellement plusieurs projets : une exposition à New York début mai, une autre à Bienne au Kunsthaus, puis Art Basel, où je présenterai une installation et de nouvelles peintures. »
Comment votre parcours artistique a-t-il commencé ?
« Très tôt, grâce à ma mère, qui était très proche du monde de l’art. Enfant, je voyageais beaucoup pour voir des expositions. À 3 ans, j’ai été bouleversé par Fra Angelico à Florence ; à 8 ans, au MoMA de New York, par le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch. Plus tard, à 12 ans, j’ai rencontré John Cage au festival de Donaueschinger. Il m’a encouragé à devenir peintre puis m’a fait connaître d’autres artistes, notamment le groupe Fluxus, avec lequel j’ai collaboré pendant de nombreuses années. »
En quoi New York a-t-il compté dans votre trajectoire ?
« New York m’a marqué par l’ampleur de ses galeries, déjà presque muséales, ce qui était rare à l’époque en Europe. J’y ai souvent vécu et travaillé. Dans les années 80, mon travail y a été largement montré, notamment au moment du courant Neo-Geo, aux côtés d’artistes comme Jeff Koons ou Haim Steinbach. La ville a aussi beaucoup changé : Soho industriel, Chelsea puis Tribeca sont devenus des centres majeurs de l’art contemporain. »



Comment avez-vous conçu l’exposition Observatoires, actuellement au MAH ?
« Tout a commencé par une invitation de Marc-Olivier Wahler, le directeur du musée. Ce qui m’intéressait était de faire dialoguer l’immense collection du Musée d’art et d’histoire de Genève, y compris ses réserves, avec la création contemporaine. J’ai voulu montrer des œuvres rarement vues, des fragments, des objets cassés ou mal identifiés, conservés pour des raisons patrimoniales. Un musée n’est pas seulement un lieu d’exposition, c’est aussi un organisme vivant, plein de récits visibles et invisibles. »
Comment définissez-vous votre rapport à la création ?
« Je crois que c’est le regardeur qui fait l’œuvre, comme le disait Duchamp. Je me vois moins comme un créateur absolu que comme quelqu’un qui propose une plateforme ouverte. J’aime autant les œuvres géométriques très construites que celles où la matière agit seule. En ce moment, je réalise des coulées de peinture dont les réactions chimiques produisent des résultats imprévisibles. J’aime que le matériau s’occupe de moi plutôt que l’inverse. »
Malgré votre carrière internationale, vous êtes resté fidèle à Genève. Pourquoi ?
« Genève est une ville cosmopolite, idéale pour rester ancré tout en étant ouvert sur le monde. J’y suis né, mais j’ai beaucoup voyagé, vécu souvent à New York et enseigné à Lausanne. L’art, selon moi, rend plus conscient, plus sensible et plus responsable face au monde actuel. »



