par Katia Baltera
Au MASI Lugano, l’exposition K-NOW! est consacrée à la jeune scène vidéo sud coréenne à travers une génération d’artistes qui explore les tensions entre mémoire historique, hyper modernité technologique et transformations sociales rapides.
Réunissant huit artistes et collectifs, le parcours immersif de K-NOW! « Korean Video Art Today » fait apparaître la vidéo non seulement comme un médium artistique, mais aussi comme un outil d’analyse critique d’un monde en constante mutation.
La scène coréenne entretient depuis longtemps une relation privilégiée avec l’image électronique. L’héritage de Nam June Paik, pionnier de l’art vidéo et figure centrale de l’avant-garde médiatique, demeure perceptible dans la manière dont les artistes interrogent les dispositifs technologiques et la circulation globale des images. Toutefois, la génération actuelle déplace cette réflexion vers des préoccupations plus directement liées à l’expérience contemporaine : urbanisation accélérée, culture numérique omniprésente et transformations profondes des structures sociales.
Avec Citizen’s Forest, Chang-kyong Park explore le rôle essentiel que la tradition peut encore avoir aujourd’hui. Pour cela, il utilise le noir/ blanc et un léger ralenti. Il évoque des pratiques ancestrales, voire chamaniques qui se déroulent dans la forêt. À la fois esthétique et onirique, la vidéo se déploie en trois parties juxtaposées. Peut-être une référence à la symbolique du chiffre trois dans la tradition coréenne, qui signifie l’équilibre, l’harmonie et l’ordre cosmique entre ciel, terre et humanité.
Les œuvres présentées oscillent entre fiction spéculative, récit documentaire et installation immersive. Elles examinent les rapports ambivalents entre corps, esprit et technologie et la construction de la mémoire dans une société encore marquée par l’histoire inachevée de la guerre de Corée, incarnée dans ce no man’s land, la DMZ (Demilitarized zone), à la frontière des deux Corées.
Green screen de Sojung Jun tourne pendant plusieurs mois dans la DMZ, il enregistre des images d’une nature ou l’activité humaine a cessé depuis des décennies. Le défilement lent du paysage d’un vert poussé à l’extrême est délibérément interrompu par des glitchs et des distorsions visuelles. Des interférences qui révèlent l’écran, la technique et l’impermanence. Ce territoire est à la fois le témoin silencieux de la division et du conflit et de la force de la nature qui se réapproprie les endroits abandonnés. Sungsil Ryu, elle, se met en scène en tant qu’influenceuse dans une satire acerbe du monde virtuel et d’une fiction bourgeoise suprématiste. Elle vend la First Class citizen !
À travers ces propositions visuelles, les artistes réunis dans cette exposition donnent forme à des récits fragmentés qui dépassent largement le cadre national. Leur travail révèle une scène artistique, particulièrement attentive aux mutations du présent globalisé, où la vidéo devient un espace privilégié pour imaginer de nouvelles formes de narration et de perception du réel.

Photo © MASI Lugano, Luca Meneghel

Vue de l’expo “K-NOW, Korean Video Art Today » MASI Lugano, Suisse.
Photo © MASI Lugano, Luca Meneghel



