Joaillerie : dix éditions de succès pour GemGenève

En mai dernier, Palexpo accueillait la 10e édition du salon GemGenève, événement désormais incontournable du calendrier joaillier international. COTE Magazine s’est entretenu avec son directeur Mathieu Dekeukelaire, qui tire un bilan plus que positif.

Quel bilan global dressez-vous de cette 10e édition de GemGenève ?

Mathieu Dekeukelaire : « Cette 10e édition est un succès à la fois par son affluence record, notre meilleure depuis sa création, et par l’énergie qu’elle a générée. Avec 5 365 visiteurs pour 8 009 visites, nous avons dépassé nos prévisions. Ceci confirme que GemGenève est bien plus qu’un salon : c’est un événement où expertise et qualité des pièces sont accessibles à tous nos visiteurs et invités, et cela s’en ressent. Malgré un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques et un ralentissement de certains marchés, la rareté, l’excellence et la confiance restent les piliers du secteur. Les retours des exposants, qu’ils soient négociants, artisans ou jeunes créateurs, sont très positifs. Ils saluent la qualité des échanges, l’ambiance unique du salon, et les conditions optimales pour concrétiser des transactions. Nous avons le sentiment que GemGenève s’est désormais imposé comme un rendez-vous incontournable pour les collectionneurs, les grandes maisons de joaillerie et les passionnés de ce milieu. »

Parmi les temps forts de cette édition anniversaire, quels sont les trois moments qui vous ont particulièrement marqué ?

« L’exposition temporaire Façonner la matière, sublimer : en collaboration avec la Fondation Baur et le Musée d’art et d’histoire de Genève, cette exposition a mis en lumière des pièces historiques en jade, corne, agate, corail, malachite, cristal de roche… valorisant le travail des matériaux et les savoir-faire. L’exposition a été saluée tant par les professionnels et historien(ne)s de la joaillerie que par les visiteurs. Voir le public s’émerveiller devant les pièces exposées incarnait notre mission : transmettre. Ensuite, la soirée des exposants : nous avons en effet privatisé le Musée d’Art et d’Histoire pour célébrer avec nos exposants ces dix éditions et les remercier pour leur soutien et leur confiance durant cette aventure. C’était un événement décontracté, festif, hors du temps et qui nous a tous permis de nous réunir dans un cadre non professionnel et magnifique. Finalement, la cérémonie de remise des prix du dernier jour. Il s’agit du moment lors duquel GemGenève remet les différents Prix du Public en jeu pour les projets étudiants que nous développons avec plusieurs écoles partenaires. Voir l’émotion des lauréats lors de l’annonce de leur nom est toujours extrêmement touchant. Cela nous confirme dans notre volonté de transmettre et d’ouvrir les portes de ce milieu fascinant. »

Comment est née la collaboration avec la Fondation Baur, et qu’apporte-t-elle à la mission de GemGenève ?

« Cette collaboration est née d’une volonté commune, celle d’offrir au public un aperçu de leur collection alors que la Fondation Baur est actuellement fermée pour rénovation. GemGenève, en tant que plateforme culturelle cette fois-ci, était le cadre idéal pour mettre en valeur leurs pièces en dialogue avec les pièces du Musée d’Art et d’Histoire de Genève, de certains de nos exposants et du Museum d’Histoire Naturelle de Genève. C’est aussi une façon de réaffirmer l’ancrage genevois de GemGenève, de l’implication de l’événement dans la vie culturelle de la ville et la volonté de valoriser l’excellence de nos institutions culturelles. »

Après dix éditions, quelle vision portez-vous pour l’avenir de GemGenève ? Quelles sont vos ambitions pour le salon ?

« Nous pouvons dire que GemGenève a trouvé son équilibre : un salon à taille humaine mais d’envergure internationale. Nos ambitions pour l’avenir sont claires. En premier lieu, nous souhaitons rester un événement qualitatif tant en termes organisationnels qu’en termes de marchands accueillis et de pièces et pierres exceptionnelles exposées. Ensuite, pérenniser l’écosystème bienveillant que nous avons construit où les jeunes créateurs, les artisans et les grands noms de la joaillerie peuvent échanger et collaborer sereinement. Renforcer également notre dimension culturelle : avec des expositions toujours plus ambitieuses, des conférences de qualité, des ateliers pour démocratiser l’accès aux savoir-faire, de nouveaux partenariats, des projets hors-les-murs. Mais aussi développer, intégrer, étendre l’espace des designers contemporains au sein du salon. Sans oublier le fait d’élargir notre public car bien que nous restions un événement professionnel, nous souhaitons attirer davantage de collectionneurs, d’amateurs éclairés et de jeunes talents pour assurer la transmission. Tout en conservant l’authenticité et la convivialité qui font notre force. »

Selon vous, quelles évolutions ou grandes tendances du marché joaillier contemporain cette édition a-t-elle particulièrement révélées ?

« Cette 10e édition a confirmé plusieurs évolutions majeures du marché : comme par exemple un engouement pour les pierres non traitées. Les acheteurs recherchent de plus en plus des gemmes naturelles et de provenance (émeraudes colombiennes non huilées, saphirs du Cachemire, rubis non chauffés). La confiance et la rareté sont devenues des critères non négociables. La montée en puissance des pièces uniques est une autre tendance. Les acheteurs et notamment les jeunes collectionneurs recherchent les pièces qui leur permettront de se démarquer, celles porteuses d’une histoire, d’un savoir-faire artisanal, d’une couleur particulière. Nous notons aussi l’internationalisation de notre salon avec des visiteurs issus de 109 nationalités. GemGenève confirme ainsi que le marché de la haute joaillerie et des pierres exceptionnelles est un carrefour mondial où se croisent de multiples cultures et expertises. »

GemGenève a longtemps été un rendez-vous principalement tourné vers les professionnels. Est-ce toujours le cas ou souhaitez-vous ouvrir le salon à d’autres publics ?

« GemGenève a effectivement été conçu par et pour les professionnels, mais nous avons toujours eu à cœur de l’ouvrir au grand public. Aujourd’hui, le salon est un espace hybride entre business et événement culturel et est reconnu comme tel. Notre ambition est de conserver cet équilibre. Nous ne voulons pas devenir un salon purement grand public car nous restons sur un marché de pièces exceptionnelles, principalement ouvert aux professionnels, mais nous souhaitons élargir l’accès à la culture joaillière pour inspirer, et former les futures générations de collectionneurs, d’artisans et de créateurs. »

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