Menuhin Festival Gstaad : la musique comme lien entre les générations

par Katia Baltera

Du 16 juillet au 5 septembre 2026, le Menuhin Festival Gstaad fêtera sa 70e édition avec Daniel Hope son nouveau directeur. Enfant du festival, violoniste et chef d’orchestre, c’est pour lui un retour aux sources.

La relation de Daniel Hope avec le Menuhin Festival Gstaad est celle de l’enfance et de ses débuts en tant que violoniste. Sa mère fut d’abord secrétaire, puis manager du Maître ; de ce fait, le jeune Hope a grandi dans la proximité du festival et du grand Menuhin, qui fut son mentor et avec qui il partagera la scène à de nombreuses reprises en tant que jeune musicien. Une des grandes préoccupations de Menuhin était de faire de la musique entre amis. C’est donc, très naturellement pour Daniel Hope, un retour aux sources, à la famille de cœur et à la famille tout court.

« Family matters » est une déclaration à la force du lien. Pas seulement celui de la famille biologique, qui, lui, va de soi pour le meilleur et pour le pire, mais aussi celui de la famille que l’on s’est choisie. Pour les musiciens, cette famille est celle de l’entente, du travail autour de la compréhension et de l’interprétation d’une œuvre, de la recherche d’une sonorité commune, de la compréhension au-delà des mots et de tout ce qui se « joue » entre les notes. Cette famille-là peut être éphémère, le temps de la préparation d’un concert avec le souci de livrer, le temps d’une prestation publique, leur vision commune d’une œuvre. Cette famille-là se construit avec le temps, l’expérience et les rencontres. Elle ne se définit pas par le nombre mais par la complicité musicale, par quelque chose que les musiciens connaissent bien, et en particulier les chambristes : cet échange d’âme à âme.

Les saisons se suivent mais ne se ressemblent pas. À changement de directeur, changement de vision. Le Menuhin Festival Gstaad — qui, notons-le au passage, a repris ses titres de noblesse en plaçant le nom de l’illustre violoniste en tête — offre un programme où la musique de chambre est à l’honneur. Parmi les soixante concerts qui jalonneront l’été, difficile de mettre en lumière l’un plutôt que l’autre tant ils sont tous, à leur manière, incontournables. Sans compter un nouveau rendez-vous du festival : « The Summit », un forum qui se tiendra au Chalet Balthus, une sorte de think tank où l’on débattra des questions d’avenir avec des personnalités de la musique et de la culture.

Le festival ouvrira la saison avec un concert réunissant de très grands noms, mais aussi de très grands amis : Zubin Mehta à la baguette, Pinchas Zukerman et Daniel Hope au violon joueront Mozart, Haydn et Offenbach avec le Zürcher Kammerorchester. Un concert placé sous le signe d’un jubilé, mais aussi sous celui des retrouvailles. Dirigé par Alexander Shelley, le monumental concerto pour violon d’Elgar est un choix emblématique pour Daniel Hope, car il est profondément lié à son mentor Menuhin, qui le joua lui-même sous la baguette du compositeur. On pourra également entendre l’iconique Bohème avec le très recherché tenor suisse Benjamin Bernheim et l’envoûtante Carolina López Moreno.

Nous retrouverons également les pianistes Khatia Buniatishvili et Daniil Trifonov, qu’on ne présente plus, Hayato Sumino, véritable phénomène de la scène musicale, le légendaire Brodsky Quartet rejoint par Dimitri Ashkenazy et Jeremy Menuhin, David Garrett et le Del Gesù Club réunis pour donner un concert d’exception, où les plus grands violonistes de notre époque joueront les violons les plus rares, et enfin le baryton Daniel Behle nous livrera une version « augmentée » de la Winterreise, de Schubert avec violon et violoncelle.

Dans le cadre naturel des collines au vert velouté de Gstaad, le Festival renoue avec le passé et rend hommage à son fondateur, avec la ferme intention de préparer l’avenir.

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