Les vêtements ne sont plus les seuls à faire le spectacle. Lors de la dernière Fashion Week parisienne, la scénographie s’est affirmée, plus que jamais, comme un geste créatif à part entière, symbole d’une couture au croisement de l’architecture, de l’art et de l’image.
ll fut un temps où un catwalk immaculé, quelques rangées d’invités triés sur le volet et une bande-son semblaient suffire. Cette époque est révolue. Lors de la dernière Fashion Week de Paris, le décor a ainsi presque autant compté que les vêtements présentés. Monumental, aérien, inattendu, le décor est devenu un marqueur de l’identité des maisons. Il construit une ambiance, nourrit le récit d’une collection et façonne l’image que le public conserve post défilé. Dans une industrie où l’attention est devenue une denrée rare et la concurrence entre grandes maisons s’aiguise, la scénographie représente désormais un formidable outil de différenciation.
Dans la Cour Carrée du Louvre, Louis Vuitton a imaginé un paysage urbain traversé d’éléments futuristes. Dans ce contraste des formes, les voitures conceptuelles semblent flotter au-dessus du podium face aux façades séculaires du monument. D’un côté, la pierre et l’histoire, de l’autre, des objets qui semblent tout droit sortis d’un futur fantasmé. Comme un écho à l’esprit du voyage qui caractérise la maison depuis toujours, la mise en scène convoque ici une certaine idée de la modernité. Le vêtement ne défile plus dans un décor, il prend place dans un univers construit.
Au Grand Palais, Chanel a choisi une autre voie, celle de la nature. Des oiseaux lumineux suspendus sous la verrière composent une installation aérienne et onirique. La lumière diffuse ses rayons, et le regard aime à se perdre dans cette immensité de migration. Un an auparavant, le 6 octobre 2025, Matthieu Blazy signait ses débuts chez Chanel avec une scénographie différente, monumentale. Avec ses oiseaux translucides, le défilé printemps-été 2027 offre cette fois-ci une approche plus sensible et organique de l’espace.


Lors du défilé Acne Studios, le Collège des Bernardins a pris des allures de palais décadent à bord d’un galion. Sous les voûtes gothiques, des rideaux suspendus, des étoffes patinées et des tapis orientaux aux motifs distordus offrent un décor presque cinématographique, chargé d’une étrange nostalgie.
Chez Dior, la végétation et la brume habillaient le bassin du jardin des Tuileries d’une atmosphère presque cinématographique. La perception du paysage se transformait au fur et à mesure que les silhouettes défilaient et le décor jouait davantage sur la sensation que sur la démonstration.




Avec Antibiblioteca, Valentino a investi la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris. Les rayonnages, les boiseries et les lampes de lecture installent immédiatement une atmosphère intellectuelle. Le choix de cette bibliothèque n’est en tout cas pas anodin : il inscrit le défilé dans une réflexion sur la place de la mode dans notre humanité, son importance dans la transmission du savoir et des savoir-faire. Une manière de rappeler que le décor le plus pertinent est parfois celui qui sait s’effacer pour laisser parler le lieu.
Chez Saint Laurent, Anthony Vaccarello a transformé la place du Trocadéro en un salon à ciel ouvert, face à la tour Eiffel. Trois lustres dorés monumentaux flottaient au-dessus d’un podium noir brillant, accompagnés de candélabres et de centaines de cierges. Inspirée du Salon impérial de l’hôtel InterContinental, là où Yves Saint Laurent présentait autrefois ses collections de haute couture, la scénographie faisait revivre le faste de la maison dans un décor nocturne spectaculaire.




