Mode : Anna Blachut dessine la Fashion Week

Des backstages au premier rang, ce reportage offre une plongée dans l’univers des Fashion Weeks FW26/27. A Milan ou à Paris, j’ai choisi de regarder au-delà des vêtements pour illustrer l’atmosphère particulière qui les entoure. J’ai été particulièrement attirée par les détails que la photographie et les réseaux sociaux peuvent parfois laisser de côté, et qui demeurent bien après que les lumières des runways se soient éteintes.

Anna Blachut

Modern romantics

Les pièces les plus séduisantes de la saison fonctionnent parce qu’un élément audacieux les empêche de basculer dans une esthétique purement romantique. Genny et Georges Hobeika jouent tous deux avec la transparence et le savoir-faire artisanal, dans des silhouettes pensées pour être délicates, sans jamais tomber dans la meringue. Ce contraste esthétique était au cœur de ma conversation au premier rang avec le journaliste de mode français Reuben Attia, dont la broche vintage en forme de hérisson signalait une autre évolution : les broches et l’éclectisme font leur retour.

Avant même que le défilé ne commence, le style des invités annonce déjà un changement de paradigme : les tendances ne naissent plus uniquement au sein des maisons historiques, mais se façonnent en temps réel sous l’impulsion des journalistes, influenceurs et stylistes. Sur le podium, Prada associe des chaussures ornées de pendentifs à la manière d’un lustre à des chaussettes, pour une élégance délibérément décalée, signature de la Maison. Chez Dior, Jonathan Anderson confronte les emblématiques vestes Bar du patrimoine de la Maison à du tulle à pois, tandis que des chaussures fleuries inspirées de Monet apportent une touche de fantaisie à ce romantisme contemporain.

Prada

House codes, rewritten

La saison n’a pas renoncé aux codes familiers du luxe ; elle les a revisités. Alors que les directeurs artistiques passent d’une maison à l’autre, les silhouettes emblématiques font leur retour à travers des textures plus riches, des proportions réinventées et un savoir-faire mis en lumière. Demna ravive chez Gucci le glamour taille basse de l’ère Tom Ford, tandis que Sarah Burton réaffirme les codes signatures de Givenchy. Lors du re-see de Loewe, j’ai pu observer comment les pièces présentées sur le podium sont affinées pour la commercialisation, sans jamais perdre la trace de la main qui les a façonnées.

Chiuri revisite le Baguette de Fendi, tandis que les débuts de Matthieu Blazy chez Chanel ancrent cette renaissance dans le savoir-faire et un styling éclectique. Lors de ma conversation avec Inès de la Fressange chez Roger Vivier, nous avons évoqué le « jeu des chaises musicales » entre les nouveaux directeurs artistiques qui a marqué cette saison, et la manière dont ces changements transforment la perception que les consommateurs ont de chaque maison.

After dark

Cette saison, la nuit appartient à une femme sophistiquée, puissante et légèrement imparfaite. Saint Laurent affirme la silhouette avec du cuir, des lunettes de soleil oversize et des boucles d’oreilles statement ; Mugler électrise l’hiver avec des teintes saturées de bleu et de violet. Avec Midnight in Manhattan, Elie Saab imagine une party girl devenue femme. Silhouettes, coiffures et maquillages s’éloignent d’un glamour trop sage pour laisser place à une allure plus instinctive. L’allure est magnétique : une sophistication urbaine, avec juste ce qu’il faut de négligé.

Everyone is a star

La Fashion Week s’étend bien au-delà du podium. Les arrivées, les photographes et les invités du premier rang participent pleinement au langage visuel du défilé, au même titre que les moments en coulisses, les invitations, les plans de placement, les boissons et les bandes-son. Le premier rang ne se contente plus d’assister au défilé : il en fait partie. De Paris à Milan, podium, public et coulisses tendent à se confondre, transformant l’événement tout entier en une image culturelle pensée pour être vue, partagée et mémorisée.

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